lundi 19 juin 2017

Quel est l'impact de la transformation digitale pour les entreprises et leurs dirigeants ?



Les innovations technologiques ne permettent pas toujours aux entreprises d'améliorer leur performance ... mais elles présentent d'autres qualités. 

Quels bénéfices les entreprises tireront-elles de la transformation digitale ? Les résultats d’une étude menée sur plus d’une centaine de grandes entreprises américaines apportent des éléments de réponse à cette question. L’étude ne porte pas sur la transformation digitale car il est encore trop tôt pour évaluer son impact réel. Elle s’est intéressée à plusieurs innovations technologiques majeures qui ont touché les entreprises depuis le milieu des années 1990 (e-commerce, Customer Relationship Management, Enterprise Resource Planning, knowledge management …).

Les résultats de l’étude montrent que plus une entreprise investit dans une innovation technologique, plus sa réputation (mesurée à l’aide d’un indicateur publié dans le magazine Fortune) s’améliore. Plus intéressant, l’entreprise n’a pas besoin de véritablement investir pour que sa réputation s’améliore. Il lui suffit d’être associée à cette innovation technologique dans la presse. L’explication : l’entreprise semble alors être « à la pointe du management » !

On observe exactement le même phénomène pour la rémunération du PDG de l’entreprise (salaire fixe et variable). Plus une entreprise investit dans une innovation technologique, plus la rémunération de son PDG augmente. Concrètement, elle s’accroît de 45.000 $ lorsqu’une entreprise investit un million de dollars ! Comme pour la réputation, la rémunération du PDG augmente même si son entreprise n’investit pas véritablement. Il suffit qu’elle soit associée à cette innovation technologique dans la presse. Le conseil d’administration est alors impressionné par le dynamisme du PDG … ce qui se matérialise par une augmentation substantielle de sa rémunération.

Enfin, l’étude montre que les investissements dans une innovation technologique ont un impact négatif sur la performance financière des entreprises (mesurée en termes de ROS, ROA et ROE) ! Il faut attendre au moins trois ans pour que les effets bénéfiques commencent à se matérialiser … Comme on pouvait un peu s’en douter, le fait d’être associé à une innovation technologique dans la presse n’a aucun effet sur la performance d’une entreprise (ni à court terme, ni à moyen terme).

Les implications pour la transformation digitale sont limpides. Les entreprises ne devront pas se contenter d’investir dans la transformation digitale. Elles devront aussi communiquer sur ce sujet (pour que la presse les associe à cette « lame de fond » …). Cela leur permettra d’améliorer leur réputation. Leur PDG bénéficiera aussi d’une rémunération plus élevée. En revanche, elles devront attendre un certain temps pour tirer profit de leurs investissements. A court terme, leur performance pourrait même en souffrir …

Source : Wang, P. (2010), “Chasing the Hottest IT: Effects of Information Technology Fashion on Organizations”, MIS Quarterly, vol. 34, pages 63-85.

lundi 5 juin 2017

Une astuce originale pour vérifier qu'un prestataire fait bien son travail




Pour vérifier que les prestataires qui travaillaient sur leurs tournées faisaient bien leur travail, le groupe de hard rock Van Halen utilisait une astuce originale ... 

Au début des années 1980, le groupe de hard rock Van Halen connait un succès considérable. Il se déplace dans tous les Etats-Unis avec une quantité impressionnante de matériel. Alors que les autres groupes se contentent de trois semi-remorques, il lui en faut dix-huit !

Van Halen a sa propre équipe technique mais il travaille aussi avec des prestataires locaux. L’organisateur local doit signer un contrat de 53 pages contenant de nombreuses clauses techniques. L’une d’entre elles est plus surprenante. En effet, elle prévoir la mise à disposition d’un bol de M&Ms. Elle précise aussi que ce bol ne doit pas contenir de M&Ms marrons … sous peine d’annulation du concert (article 126 page figurant page 43 du contrat) !

Quelques années plus tard, des journalistes finissent par apprendre l’existence de cette clause. Ils reprochent alors aux membres du groupe Van Halen (et notamment à son chanteur David Lee Roth …) d’être des « divas ». Comment peut-on avoir des exigences aussi délirantes que la mise à disposition d’un bol de M&Ms ne contenant aucun bonbon marron ? Il semble pourtant que cette clause n’ait pas simplement été un caprice de star … Comme David Lee Roth l’a raconté dans son autobiographie, les salles de concert dans lesquelles Van Halen se produisaient étaient souvent anciennes. Un accident pouvait facilement se produire et le groupe voulait être sûr que les organisateurs locaux aient bien lu l’intégralité du contrat.

La première chose que David Lee Roth faisait en arrivant sur les lieux du concert était d’inspecter le bol de M&Ms. S’il repérait des bonbons marrons, il en déduisait que les organisateurs locaux n’avaient pas bien lu le contrat … ou qu’ils n’avaient pas jugé nécessaire de respecter toutes ses clauses. Il détruisait alors sa loge … et demandait une vérification complète de tous les équipements.

Quels enseignements peut-on tirer de cette histoire ? Pour s’assurer qu’un fournisseur ou un prestataire a bien lu un contrat, il suffit d’y glisser une clause anodine … mais dont le respect ou le non-respect sont faciles à observer. Cette technique n’est pas réservée aux groupes de rock.

Source : Dubner, S. J., & Levitt, S. D. (2014), Think like a freak, Harper Collins.

mercredi 24 mai 2017

Nokia : quand la pression et la peur tuent une entreprise




L'effondrement de Nokia dans la téléphonie mobile doit beaucoup à la pression et à la peur ...

Pour expliquer l’effondrement de Nokia dans la téléphonie mobile, on évoque souvent l’arrogance de l’entreprise finlandaise. Trop sûrs d’eux, les dirigeants de Nokia auraient sous-estimé la menace que représentait l’iPhone.

D’après une étude menée par Timo Vuori et Quy Huy, la réalité est un peu différente. Les dirigeants de Nokia étaient parfaitement conscients des menaces qui pesaient sur leur entreprise. Comme l’a raconté l’un d’entre eux : « Lorsque j’ai entendu parler de l’iPhone pour la première fois (à l’automne 2005), je me suis renseigné sur son système d’exploitation. Quand j’ai compris qu’il s’agissait d’iOS, j’en ai eu la chair de poule … Cela signifiait que l’iPhone serait une extension du Mac … » Plus que l’arrogance, il semble que la peur ait précipité la chute de Nokia …

Pour rattraper le retard par rapport à Apple, les dirigeants de Nokia ont mis une pression terrible sur leurs collaborateurs. Par peur de se faire licencier (ou simplement de perdre la face par rapport à leurs collègues), les managers se sont pliés à toutes les demandes des dirigeants … tout en sachant qu’ils ne parviendraient pas à y répondre. Comme l’a raconté l’un d’entre eux : « Je me souviens d’une réunion où on nous avait fixé une deadline délirante … J’ai voulu prendre la parole pour dire qu’il était impossible de tenir les délais mais la perspective de m’opposer aux dirigeants m’a fait paniquer. Finalement, je n’ai rien dit. » 

Comme les dirigeants de Nokia manquaient cruellement de compétences technologiques, ils n’ont pas vu que les managers ne leur disaient pas la vérité. Persuadés de toucher au but, ils ont accru la pression … et l’entreprise a fini par s’effondrer. En 2012, Microsoft absorbe une entreprise qui a perdu 90% de sa valeur boursière en six ans.

Quelles leçons peut-on tirer de cette histoire ? Essentiellement qu’il ne faut pas oublier le rôle joué par la peur dans les entreprises. La peur des dirigeants vient souvent de l’extérieur (intensité de la concurrence, pression des marchés financiers …). La peur des managers provient plutôt de l’intérieur de l’entreprise (dirigeants caractériels, sanctions lorsque les objectifs ne sont pas atteints …). On ne connait encore pas tous les détails sur l’affaire du « dieselgate » mais il est probable que les mécanismes à l’œuvre chez Nokia l’aient également été chez Volkswagen.

Source : Vuori, T., & Huy, Q. (2015), “Distributed attention and shared emotions in the innovation process: How Nokia lost the smartphone battle”, Administrative Science Quarterly, 61, 9-51.

mercredi 10 mai 2017

Les meilleurs entrepreneurs n'aiment pas le risque et n'ont pas confiance en eux !




Quelles sont les qualités des meilleurs entrepreneurs ? Aiment-ils le risque ? Ont-ils confiance en eux ?

On pense souvent qu’il faut avoir deux qualités pour être un bon entrepreneur : le goût du risque et la confiance en soi. Joseph Raffiee et Jie Feng ont analysé le parcours de 1.093 entrepreneurs américains. Les résultats de leur étude montrent ces deux « qualités » sont l’apanage des mauvais entrepreneurs. Les meilleurs entrepreneurs sont ceux qui rechignent à prendre des risques et qui n’ont pas confiance en eux !

Pour comprendre ce résultat surprenant, il faut distinguer deux types d’entrepreneurs : ceux qui quittent l’entreprise dans laquelle ils travaillent pour créer leur propre entreprise et ceux qui créent leur propre entreprise tout en continuant à travailler dans une autre entreprise. Aux Etats-Unis, 10% des entrepreneurs sont actuellement dans ce cas. On les appelle entrepreneurs « hybrides » (parce qu’ils sont à la fois salariés et entrepreneurs).

Par rapport à l’entrepreneuriat classique, l’entrepreneuriat hybride permet aux entrepreneurs en herbe des répondre à deux questions avant de véritablement se lancer : mon idée est-elle bonne ? Ai-je les compétences pour la mettre en œuvre ? Si les réponses à ces deux questions sont positives, il démissionne et se consacre pleinement à son projet. Si les résultats sont négatifs, il l’abandonne. In fine, cette technique permet de réduire d’un tiers la probabilité de faire faillite. Ce résultat est d’autant plus intéressant que les entrepreneurs « hybride » consacrent beaucoup moins de temps à leur entreprise que les entrepreneurs classiques !

Qui sont les entrepreneurs « hybrides » ? Comme on pouvait un peu s’y attendre, ce sont ceux qui rechignent le plus à prendre des risques et qui ont le moins confiance en eux. Ceux qui n’ont peur de rien et qui croient en leur bonne étoile n’hésitent pas à se lancer … mais les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous. On aboutit alors au paradoxe selon lequel les entrepreneurs qui connaissent les plus grands succès sont ceux qui aiment le moins le risque et qui ont le moins confiance en eux !

On sait depuis longtemps que de nombreux entrepreneurs à succès ont créé leur propre entreprise tout en continuant à travailler dans une autre entreprise. On cite souvent les exemples de Steve Jobs et de Steve Wozniak (les deux fondateurs d’Apple), de Pierre Omidyar (le fondateur d’eBay) et même d’Henry Ford (qui travaillait pour Edison lorsqu’il a créé son entreprise). Pourquoi ne pas les imiter ? Avec le développement des technologies de l’information, il est de plus en plus facile de tester une idée … tout en continuant à travailler dans une entreprise.

Source : Raffiee, J., & Feng, J. (2014), “Should I Quit My Day Job?: A hybrid path to entrepreneurship”, Academy of Management Journal, 57, 936-963.

vendredi 28 avril 2017

Il faut se méfier de son intuition ...





La réponse qui paraît le plus intuitive n'est pas toujours la bonne ...

Je vais vous poser trois questions. Essayez d’y répondre.

Première question : une raquette et une balle de ping pong coûtent 1 dollar 10. Sachant que la raquette coûte 1 dollar de plus que la balle, combien coûte la balle ?

Vous avez trouvé ? La réponse qui vient spontanément à l’esprit est 10 cents. Malheureusement, elle est fausse … Si la balle coûtait 10 cents et que la raquette coûtait 1 dollar de plus que la balle, la raquette coûterait 1 dollar 10. Le total serait donc de 1 dollar 20 et non de 1 dollar 10 ! En fait, la balle coûte 5 cents, la raquette coûte 1 dollar et 5 cents … et le total fait donc 1 dollar 10.

Deuxième question : il faut 5 minutes à 5 machines pour fabriquer 5 chemises. Combien de temps faut-il à 100 machines pour fabriquer 100 chemises ?

Ici, la réponse qui vient spontanément à l’esprit est 100 minutes. Elle est fausse … S’il faut 5 minutes à 5 machines pour fabriquer 5 chemises, il faut 5 minutes à 100 machines pour fabriquer 100 chemises (ou à 1 machine pour fabriquer 1 chemise …).

Troisième (et dernière) question : des nénuphars poussent dans un lac. La surface qu’ils occupent double chaque jour. S’il faut 48 jours pour que les nénuphars couvrent toute la surface du lac, combien de jours faut-il pour qu’ils couvrent la moitié de cette surface ?

La réponse qui vient spontanément à l’esprit est 24 jours. Elle est fausse. S’il fallait 24 jours pour que les nénuphars couvrent la moitié du lac, il faudrait 25 jours pour qu’ils couvrent tout le lac (et non pas 48 jours). La bonne réponse est donc 47 jours.

Shane Frederick a fait passer le test à près 3.500 étudiants américains. Les étudiants du MIT ont obtenu les meilleures résultats (2,18 réponses exactes en moyenne) loin devant ceux de Harvard (1,43 réponses exactes en moyenne) ou de l’université du Michigan (0,83 réponses exactes en moyenne).

Ce test est parfois utilisé pour mesurer le QI ... mais il montre surtout qu’il faut se méfier de son intuition. Avant de prendre une décision, mieux vaut y réfléchir à deux fois. La réponse la plus intuitive n’est pas toujours la bonne !

Source : Frederick, S. (2005), “Cognitive reflection and decision making”, Journal of Economic Perspectives, 19(4), 25-42.