mercredi 10 mai 2017

Les meilleurs entrepreneurs : ils n'aiment pas le risque et n'ont pas confiance en eux !




Quelles sont les qualités des meilleurs entrepreneurs ? Aiment-ils le risque ? Ont-ils confiance en eux ?

On pense souvent qu’il faut avoir deux qualités pour être un bon entrepreneur : le goût du risque et la confiance en soi. Joseph Raffiee et Jie Feng ont analysé le parcours de 1.093 entrepreneurs américains. Les résultats de leur étude montrent ces deux « qualités » sont l’apanage des mauvais entrepreneurs. Les meilleurs entrepreneurs sont ceux qui rechignent à prendre des risques et qui n’ont pas confiance en eux !

Pour comprendre ce résultat surprenant, il faut distinguer deux types d’entrepreneurs : ceux qui quittent l’entreprise dans laquelle ils travaillent pour créer leur propre entreprise et ceux qui créent leur propre entreprise tout en continuant à travailler dans une autre entreprise. Aux Etats-Unis, 10% des entrepreneurs sont actuellement dans ce cas. On les appelle entrepreneurs « hybrides » (parce qu’ils sont à la fois salariés et entrepreneurs).

Par rapport à l’entrepreneuriat classique, l’entrepreneuriat hybride permet aux entrepreneurs en herbe des répondre à deux questions avant de véritablement se lancer : mon idée est-elle bonne ? Ai-je les compétences pour la mettre en œuvre ? Si les réponses à ces deux questions sont positives, il démissionne et se consacre pleinement à son projet. Si les résultats sont négatifs, il l’abandonne. In fine, cette technique permet de réduire d’un tiers la probabilité de faire faillite. Ce résultat est d’autant plus intéressant que les entrepreneurs « hybride » consacrent beaucoup moins de temps à leur entreprise que les entrepreneurs classiques !

Qui sont les entrepreneurs « hybrides » ? Comme on pouvait un peu s’y attendre, ce sont ceux qui rechignent le plus à prendre des risques et qui ont le moins confiance en eux. Ceux qui n’ont peur de rien et qui croient en leur bonne étoile n’hésitent pas à se lancer … mais les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous. On aboutit alors au paradoxe selon lequel les entrepreneurs qui connaissent les plus grands succès sont ceux qui aiment le moins le risque et qui ont le moins confiance en eux !

On sait depuis longtemps que de nombreux entrepreneurs à succès ont créé leur propre entreprise tout en continuant à travailler dans une autre entreprise. On cite souvent les exemples de Steve Jobs et de Steve Wozniak (les deux fondateurs d’Apple), de Pierre Omidyar (le fondateur d’eBay) et même d’Henry Ford (qui travaillait pour Edison lorsqu’il a créé son entreprise). Pourquoi ne pas les imiter ? Avec le développement des technologies de l’information, il est de plus en plus facile de tester une idée … tout en continuant à travailler dans une entreprise.

Source : Raffiee, J., & Feng, J. (2014), “Should I Quit My Day Job?: A hybrid path to entrepreneurship”, Academy of Management Journal, 57, 936-963.

vendredi 28 avril 2017

Il faut se méfier de son intuition ...





La réponse qui paraît le plus intuitive n'est pas toujours la bonne ...

Je vais vous poser trois questions. Essayez d’y répondre.

Première question : une raquette et une balle de ping pong coûtent 1 dollar 10. Sachant que la raquette coûte 1 dollar de plus que la balle, combien coûte la balle ?

Vous avez trouvé ? La réponse qui vient spontanément à l’esprit est 10 cents. Malheureusement, elle est fausse … Si la balle coûtait 10 cents et que la raquette coûtait 1 dollar de plus que la balle, la raquette coûterait 1 dollar 10. Le total serait donc de 1 dollar 20 et non de 1 dollar 10 ! En fait, la balle coûte 5 cents, la raquette coûte 1 dollar et 5 cents … et le total fait donc 1 dollar 10.

Deuxième question : il faut 5 minutes à 5 machines pour fabriquer 5 chemises. Combien de temps faut-il à 100 machines pour fabriquer 100 chemises ?

Ici, la réponse qui vient spontanément à l’esprit est 100 minutes. Elle est fausse … S’il faut 5 minutes à 5 machines pour fabriquer 5 chemises, il faut 5 minutes à 100 machines pour fabriquer 100 chemises (ou à 1 machine pour fabriquer 1 chemise …).

Troisième (et dernière) question : des nénuphars poussent dans un lac. La surface qu’ils occupent double chaque jour. S’il faut 48 jours pour que les nénuphars couvrent toute la surface du lac, combien de jours faut-il pour qu’ils couvrent la moitié de cette surface ?

La réponse qui vient spontanément à l’esprit est 24 jours. Elle est fausse. S’il fallait 24 jours pour que les nénuphars couvrent la moitié du lac, il faudrait 25 jours pour qu’ils couvrent tout le lac (et non pas 48 jours). La bonne réponse est donc 47 jours.

Shane Frederick a fait passer le test à près 3.500 étudiants américains. Les étudiants du MIT ont obtenu les meilleures résultats (2,18 réponses exactes en moyenne) loin devant ceux de Harvard (1,43 réponses exactes en moyenne) ou de l’université du Michigan (0,83 réponses exactes en moyenne).

Ce test est parfois utilisé pour mesurer le QI ... mais il montre surtout qu’il faut se méfier de son intuition. Avant de prendre une décision, mieux vaut y réfléchir à deux fois. La réponse la plus intuitive n’est pas toujours la bonne !

Source : Frederick, S. (2005), “Cognitive reflection and decision making”, Journal of Economic Perspectives, 19(4), 25-42.

mardi 18 avril 2017

Comment choisir le meilleur dirigeant ?






Une entreprise qui est le dos au mur doit choisir un dirigeant très différent d'une entreprise qui se porte bien ...

On peut distinguer deux types de dirigeants :
  • les dirigeants « filtrés ». Ils sont issus du sérail et ont suivi un processus de sélection rigoureux pour obtenir leur poste de PDG. Dans la plupart des cas, ils travaillaient déjà dans l’entreprise avant de prendre sa tête ;
  • les dirigeants « non filtrés ». Ce sont des des « outsiders » qui doivent parfois leur poste de PDG à la chance. Ils ont moins d’expérience que les dirigeants « filtrés » et n’ont pas nécessairement travaillé dans l’entreprise avant d’être propulsé à sa tête.

Quels dirigeants obtiennent les meilleurs résultats ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il s’agit des dirigeants « non filtrés ». Pour connaître le succès, une entreprise doit avoir une stratégie ambitieuse et différente de celle de ses concurrents. Ce type de stratégie est généralement l’apanage des dirigeants « non filtrés » … car ils sont beaucoup moins conformistes que les dirigeants « filtrés ». Mais les dirigeants « non filtrés » sont aussi ceux qui obtiennent les pires résultats. Si une entreprise ne peut pas connaître le succès sans une stratégie ambitieuse et différente de celle de ses concurrents, le résultat n’est jamais garanti …

Une entreprise a-t-elle plutôt intérêt à opter pour un dirigeant « filtré » ou pour un dirigeant « non filtré » ?
  • si l'entreprise est le dos au mur, elle a plutôt intérêt à opter pour un dirigeant « non filtré ». Même si le résultat n’est pas garanti, c’est le seul moyen d’éviter la faillite. Un bon exemple est celui d’IBM dans les années 1990. En proie à de grandes difficultés, l’entreprise a recruté Lou Gerstner … un dirigeant qui n’avait jamais travaillé dans le secteur informatique. En quelques années, il est parvenu à redresser l’entreprise ;
  • si l'entreprise se porte bien, elle a tout intérêt à choisir un dirigeant « filtré ». Il ne fera pas forcément d’étincelles … mais il ne mènera pas non plus l’entreprise à la faillite. Après le décès de Steve Jobs, Tim Cook (l’ancien Directeur des opérations) a été nommé PDG d’Apple. Pourquoi prendre le risque de faire appel à un « outsider » lorsqu’on est déjà l’une des entreprises les plus rentables au monde ?

En bref, le dirigeant idéal n’existe pas ... mais plus une entreprise est le dos au mur, plus elle a intérêt à opter pour un dirigeant « non filtré » …

Source : Mukunda, G. (2012), Indispensable: When leaders really matter, Harvard Business Press.

vendredi 24 mars 2017

Comment les entreprises empêchent les bonnes idées de s'exprimer




Les entreprises empêchent souvent les bonnes idées de s'exprimer. Comment expliquer ce phénomène surprenant ?

Lorsqu’on travaille dans une entreprise, on hésite souvent à s’exprimer. Même quand on a de bonnes idées, on ne les communique pas forcément à son supérieur hiérarchique. Il y a deux explications à ce phénomène. Dans certains cas, on pense que cela ne servira à rien. Dans d’autres cas, on a peur de la réaction de son supérieur hiérarchique.

Ces craintes sont-elles justifiées ? Pour le savoir, Ethan Burris a étudié 281 dans une chaîne de restaurants américaine. Les idées proposées par les managers sont-elles adoptées ? Les managers sont-ils mieux évalués lorsqu’ils proposent de nouvelles idées ? Les résultats de l’étude sont très clairs. Lorsqu’on propose une idée qui va dans le sens de ce que pense son supérieur hiérarchique (« supportive voice »), tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. L’idée a toutes les chances d’être mise en œuvre … et le supérieur hiérarchique nous mettra une bonne évaluation. Les choses se gâtent lorsqu’on propose une idée qui remet en cause ce que pense son supérieur hiérarchique (« challenging voice »). L’idée n’a alors quasiment aucune chance d’être mise en œuvre … parce que le supérieur hiérarchique fera tout pour la « torpiller ». Pire, il nous mettra une mauvaise évaluation !

Ces résultats sont déprimants … mais assez faciles à expliquer. Lorsqu’on remet en cause un supérieur hiérarchique, il a tendance à nous considérer comme peu loyal … voire comme une menace. Même si nos idées présentent un véritable intérêt pour l’entreprise, il y sera peu réceptif. En outre, il nous fera payer notre outrecuidance en nous gratifiant d’une mauvaise évaluation.

Dans les entreprises, on hésite souvent à s’exprimer parce qu’on a peur des conséquences. Comme le montre cette étude, on a raison … mais seulement en partie. On est uniquement mal vu quand on propose des idées qui remettent en cause le statu quo. Paradoxalement, ce sont les idées dont les entreprises ont le plus besoin pour s’améliorer …


Source : Burris, E. (2012), “The risks and rewards of speaking up: Managerial responses to employee voice”, Academy of Management Journal, 55, 851-875.

mardi 14 mars 2017

Il faut se méfier du "bon sens" !




Le "bon sens" permet de tout expliquer ... mais uniquement a posteriori. Il vaut donc mieux s'en méfier.

A la fin des années 1940, le sociologue Paul Lazarsfeld a écrit un article dans lequel il synthétisait les résultats d’une étude menée par le ministère de la défense américain. L’étude portait sur plus de 600.000 soldats et un résultat avait particulièrement attiré son attention. Il indiquait que les soldats qui vivaient à la campagne s’étaient beaucoup mieux adaptés à la vie militaire que les soldats qui vivaient dans des villes.

Ce résultat n’était pas très surprenant. A cette époque, la vie à la campagne était particulièrement dure. Le travail y était très physique. Pourquoi financer des études aussi coûteuses pour démontrer des résultats qui relèvent du "bon sens" ? Mais Lazarsfeld révéla alors qu’il avait piégé ses lecteurs. En fait, l’étude montrait que les soldats qui vivaient dans des villes s’étaient le mieux adaptés à la vie militaire. Après tout, cela relevait aussi du "bon sens". La plupart des citadins travaillaient dans des entreprises. Ils étaient donc beaucoup plus habitués à la discipline qui caractérise la vie militaire.

On se demande souvent à quoi servent les recherches en sciences sociales (sociologie, psychologie ou management …). Pourquoi faire des recherches dont les résultats relèvent du "bon sens" ? Le problème est que le "bon sens" permet de tout expliquer … mais uniquement a posteriori. Pour comprendre un phénomène, il vaut mieux se fier à la recherche qu’au "bon sens".

Un dernier exemple. Quel est le principal déterminant de la fraude fiscale ? Les résultats d’une étude menée sur 45 pays montrent qu’il s’agit avant tout de la pression fiscale. Plus elle est élevée, plus on cherche à se soustraire à l’impôt. Encore un résultat qui relève du "bon sens" … mais qui est faux. En effet, l’étude a montré que le principal déterminant de la fraude fiscale est la complexité du code des impôts. Plus la législation est complexe, plus on cherche à se soustraire à l’impôt. La pression fiscale n’a pas d’impact sur la fraude fiscale … un résultat qui ne relève pas vraiment du "bon sens" !


Sources :
Richardson, G. (2006), “Determinants of tax evasion: A cross-country investigation”, Journal of International Accounting, Auditing and Taxation, 15, 150-169.
Watts, D. (2011), Everything is obvious once you know the answer, Crown Business.